Peaky Blinders, phallocratie maffieuse

[Total Spoiler] La nouvelle saison de Peaky Blinders arrive bientôt, avec le renfort d’Adrian Brody et d’Aidan Gillen (transfuge de GoT). Malheureusement, on serait bien en mal de trouver une telle nouveauté au niveau des rôles féminins, puisque l’on nous réchauffe le personnage de May Carleton (Charlotte Riley), amante utilisée et jetée par Tommy dans la saison 2.

Soyons honnêtes: un tel retour était prévisible dès le décès de Grace (Annabelle Wallis.) Pourquoi ? Tout simplement car les scénaristes ne prennent pas la peine de créer de réels personnages féminins. Il n’est donc guère étonnant de les voir récupérer un personnage abandonné deux saisons plus tôt pour servir de “nouveau” faire-valoir à Tommy Shelby.

In bed with the Shelbys

Dès la première saison, on connaît le goût de Tommy pour les prostituées. Il faudra donc qu’il tombe amoureux d’une femme aux antipodes de ses compagnes habituelles (en fait, non, il ne “faudrait” pas, mais visiblement, il est difficile pour certains de se débaraser de l’éculée dichotomie vierge/putain…) Et c’est là qu’intervient Grace, dont la première entrée en scène nous explique sans subtilité que ce sera elle, la jolie vierge qui apportera à Tommy la religion. Arrivée de dos, dans un modeste jupe descendant jusqu’aux chevilles (verte car, pour celleux qui ne l’auraient pas compris, Grace est Irlandaise – encore une image subtile), ses beaux cheveux blonds s’échappant de son chapeau. Autour d’elle, une pluie blanche (neige ? cendre ?) accompagne l’arrivée d’un ange..! Vous avez dit “cliché” ?

Peaky1

Toujours dans l’hyper-féminité virginale, on découvre vite que Grace est une “songbird” et de sa voix douce nous chantent de jolies chansons traditionnelles irlandaises. Là, mon petit cœur de folkeux s’emballe est je suis presque prêt à pardonner cette entrée en scène à la limite du ridicule. Sauf qu’à nouveau, tout cela tombe à plat. Sa première interprétation de Carrickfergus n’a d’autre but que… que quoi, d’ailleurs ? Quel sens donné à cette chanson sur un alcoolique en fin de vie dans la bouche d’une jolie jeune femme qui cherche juste à se faire embaucher dans un bar ? Elle nous gratifie ensuite d’un Black Velvet Band quand Tommy lui demande de chanter, comme on le demanderait à une perruche. Là encore, la chanson semble n’avoir aucun sens par rapport à l’histoire, et semble n’être ici que pour rétablir Grace comme objet du “regard” de Tommy (de son regard et de son ouïe), et pour introduire la punchline: “It’ll break your heart. -It’s already broken.” Enfin, Grace nous offre I Am Stretched on your Grave (j’ai dit que c’était une de mes chansons préférées ?) au moment ou les policiers profanent une tombe pour retrouver les armes volées. Pour une fois, on peut peut-être trouver un lien entre la musique et l’histoire si l’on considère que l’amour indéfectible dont parle la chanson est celui de Grace et Tommy. Enfin, même moi je n’en suis pas convaincu et je pense que les scénaristes ont juste cherché une chanson trad avec “grave” dans le titre.

Bon, certes on parade Grace comme une jolie oiselle chanteuse, mais quand même: c’est un agent double ! Elle est complexe ! Et elle tire sur des gens ! Avec un pistolet ! C’est progressiste ça, non ? Oui, si on veut… Quand les Shelby (mâles) tirent à cœur joie sur les méchants sans aucun remord, les faits d’armes de Grace se limite à un coup de feu par accident, et une situation de légitime défense (nous verrons plus tard que c’est aussi le cas de Pol.) On note d’ailleurs que si Grace à choisi une vocation plutôt “masculine”, c’est uniquement pour venger son père: comme si une femme elle-même ne pouvait désirer être l’égale de l’homme que pour satisfaire son complexe d’Électre. D’ailleurs, cette agent de la couronne est loin d’être une GI Jane, tant elle s’empresse de déposer les armes une fois sa mission terminée. Quand on la retrouve mariée à Tommy dans la saison 3, on est revenus au point de départ: Grace est un joli animal bien coiffé et bien habillé prisonnière de sa cage dorée. Seule la mort permet au personnage de ne pas finir dans l’insipidité la plus totale.

Notez que Grace est la seule femme blonde du casting jusqu’à l’arrivée de Linda (Kate Philips.) Sauf que les deux personnages ne coexistent à l’écran qu’une paire d’épisodes… Coïncidence ? Difficile à croire: au-delà de leur couleur de cheveux identique, les deux personnages partagent la même fonction: réformer et rendre respectables les frères Shelby grâce au bonheur marital. Si elle n’est pas blonde, Esmée remplit la même fonction. Un beau gâchis pour cette jeune gitane censée être une forte tête; mais tellement prévisible: Esmée n’est pas un personnage, c’est une alliance, un gage de paix entre les Shelby et le clan Lee.
Impossible pour les scénariste d’imaginer une femme qui tiendrait tête à l’un des frères ? Pire, une femme qui les dépasserait ?

Le cas Pol

peaky4Tante Pol (bluffante Helen McCrory) est le personnage qui m’a tout de suite attiré. Mais là encore, ce fut un pétard mouillé ! Si, dès les premiers épisodes, elle rappelle aux mâles que ce sont les femmes qui ont fait tourner la boutique pendant que les XY étaient au front, les élans de Pol sont bien souvent vite calmés. Parfois présentée comme la seule en qui Tommy ait confiance, elle ne devient jamais réellement son égal. Tommy à toujours une longueur d’avance sur elle, stratégiquement. Il sait la manipuler en jouant sur son instinct maternel, ce qui réduit bien souvent les dilemmes de Pol à une confrontation tête/utérus, dont la solution se trouve dans l’alcool. Dommage…

Mais ce qui est encore plus dommage, c’est les tentatives trouvées pour donner à Pol de la profondeur. Rien de tel qu’un bon trauma pour vous poser un personnage ! Après tout, Tommy Shelby serait-il Tommy Shelby s’il n’avait pas failli mourir dans un tunnel au front en France ? Sans doute non. Là ou le bât blesse, c’est quand le trauma que les scénaristes trouvent pour donner du relief à Pol c’est… le viol ! Et bien oui, on avait là une femme forte, qui ne se laissait pas intimider par Chester Campbell, il ne fallait quand même pas que ça dure ! Du coup, ni une ni deux, Pol se fait violer par Campbell, et pour rendre la chose encore plus sordide, elle “accepte” ce viol pour récupérer son fils. On se demande ce qu’ils auraient pu inventer de plus glauque pour remettre cette femme “à sa place.”

Cela sert aussi à justifier le meurtre de Campbell par Pol en fin de saison 2: si les hommes (Tommy, Arthur, Finn) peuvent tuer par raison (loyauté/honneur/obligation/argent), un femme (Pol, Annabelle) ne peut tuer que sous le coup de l’émotion (vengeance pour Pol, peur – que Tommy ne soit blessé !- ou légitime défense pour Annabelle.) Sans m’en souvenir précisément, il me semble d’ailleurs que Tommy ironise avec Campbell sur le fait qu’il se soit fait titrer dessus par une femme. Sa mort aux mains de Pol après l’attaque d’Annabelle doit-elle donc être perçue comme une humiliation ultime ?

Symboliquement, c’est Pol, esquisse de matriarche, qui tient tête à Tommy dans le final du dernier épisode de la troisième saison. Elle entend proposer “une nouvelle vision pour le futur de la Shelby company”, et Ada et Linda se disent impatientes de l’entendre. Mais , comme on s’en doute, les femmes n’auront pas encore voix au chapitre puisque que ni Pol ni les autres femmes ne peuvent discuter de cette “vision” à cause d’une descente de police. Possiblement orchestrée par Tommy, pour faire taire les voix dissidentes (et, par conséquent, féminines.)

“I’m a Shelby Too”

Enfin, c’est que hurle Ada (Sophie Rundle) au début de la première saison. On s’aperçoit très vite que ce n’est pas foncièrement vrai. Si on lui laisse le loisir de développer un petit charme exotique via son idéologique Marxiste, on se rend vite compte que ceci n’est qu’une excuse pour la transformer en banque de renseignements pour Tommy. A aucun moment Ada ne défend réellement ses positions, alors que son mari Freddie qui n’est pourtant pas resté longtemps au casting, aura eu le droit à ses scènes de harangue. Pour Ada, on se limite à quelques remarques quand la famille Shelby doit se réfugier dans le quartier des domestiques. Pire encore, comme Pol, les femmes Shelby sont installées dans des maisons “offertes” par Tommy, le “breadwinner”, qui peut ainsi se permettre de les contrôler plus totalement.

On notera d’ailleurs que dans le final de la saison 3, Ada semble renoncer à ses idéaux pour “rentrer dans le rang” et soutenir sa famille.

A la marge, putes et sorcières

Bon, du coup, quand on exclu toutes ces Shelby de naissance ou par alliance, que nous reste-t-il comme personnage féminin ?

Et bien pas grand chose. Au delà des quelques prostituées chinoises sans nom de la saison 1, on a Lizzie. Une prostituée au grand cœur qui ne désire que se racheter via l’amour des Shelby (Tommy ou Finn, selon l’humeur du jour.) Il est intéressant de noter que cette dernière reste fidèle à la famille même si Tommy la manipule pour qu’elle ne puisse pas épouser Finn, l’embauche comme secrétaire pour pallier à l’absence d’Annabelle, et lui demande malgré tout de vendre à nouveau ses charmes dans le final de la saison 2.

Pour une pointe d’exotisme, on ira chercher du côte de la “reine de gitanes”, matriarche du clan Lee, qui réponpeaky3d à tous les clichés du genre (imaginez Esméralda de la version Disney du Bossu, quelques années plus tard.) Tout aussi subtile, la sorcière galloise que Tommy va consulter après la mort de Grace dans la saison 3 (illustrée ci-contre.) Deux caricatures de sorcières/voyantes qui n’apparaissent d’ailleurs que pour quelques secondes chacune. Pol elle même, pauvre femme crédule, a recours à un cercle spirite composé de quatre femmes et d’un homme, mené par une gitane, pour renouer avec son fils. Encore une fois, le personnage féminin est un personnage d’émotion, et non de raison (la raison, c’est Tommy, qui analyse méthodiquement les registres pour trouver le fils de Pol.)

Mais le sommet de la caricature, on l’atteint peut-être dans la saison 3 avec les femmes russes. On pourrait faire un best-of des pires moments de la princesse Tatiana Petrovna. En quatrième position: quand elle se faire payer quelques milliers pour ses rapports sexuels avec Tommy. Dernière marche du podium: quand elle court quasi-nue dans le manoir de Tommy après s’être envoyée en l’air pour ensuite jouer à la roulette russe et se faire servir de la vodka à poil au lit. Médaille d’argent: quand elle tripote les couilles des frères Shelby devant sa tante. Grand gagnant: quand elle dit à Tommy, avec son fort accent (encore un joli cliché), que sa tante s’enfile des saphirs dans le vagin avant de descendre prendre le petit déjeuner.

Naïf que je suis, j’ai quand même eu un peu d’espoir quand les femmes de la Shelby Company sont allées manifester. Après tout, ça colle avec le cadre historique de la série (lutte progressive pour l’émancipation des femmes en GB.) Mais visiblement, cela n’a servi à nouveau qu’à renforcer le statut des personnages féminins comme objet de décoration: c’est à peine si la manifestation a été évoquée après cette grandiose sortie des femmes.

Peaky2

J’aurais aussi bien voulu parler du traitement de l’homosexualité mais que dire ? Ll’homosexualité masculine est effectivement présente dans la série: une fois dans la saison 2 quand les Shelby arrivent dans un club de jazz à Londres où deux hommes se roulent des pelles dans un coin, ce qui provoque une remarque dégoûtée d’Arthur (“it’s a fucking freak show”). Scène quasi identique avec un plus un peu de girl-on-girl action pour quand même titiller l’hétéro lors de l’orgie russe de la saison 3. Sans oublier ce prince russe “dégénéré” qui voudrait abuser de son statut pour forcer le garçon de maison (envoyé par les Shelbys) à lui faire une fellation. Bref, on aura compris que le sexe entre hommes, c’est un peu dégueux…

Peaky3

Alors, on me répliquera que les personnages masculins ne sont pas toujours mieux traités par les scénaristes et que seul Tommy à le droit à un peu de relief. Cependant, même Arthur, cliché du bêta, à le droit à quelques scènes humanisantes: il doute, il lutte contre l’addiction, il doit choisir entre sa famille et Linda (tiens, encore la faute d’une femme), il tue à contrecœur et non comme une simple machine… Dommage donc, surtout avec des actrices talentueuses (oui, j’ai dit que Helen McCrory était bluffant ? Oui ? Non, parce que c’est vraiment elle qui sauve le personnage de la caricature), de ne pas essayer de faire quelque chose de ces personnages féminins. Plus que dommage, cela montre que dans l’univers maffio-capitaliste de Peaky Blinders, il n’y a pas de place pour les femmes.

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Y a pas que Cantat…

numéroAprès l’indignation suite à la couverture des Inrocks faisant place à Bertrand Cantat, on aurait pu penser que les média allaient avoir un peu de bon sens.

C’était sans compter sur… Numéro Magazine, qui nous mets en couverture Johnny Depp ET en cover story, Roman Polanski. Non non, ceci n’est pas un fake.

L’acteur/cover-boy, accusé d’avoir copieusement battu son ex-compagne Amber Heard, est décrit en couverture comme un “ténébreuse superstar”, et dans on interview comme un “sulfureux comédien”. Doit-on y voir de l’ironie ?

Pas moyen de trouver l’interview de Polanski en ligne, mais le sommaire du magazine nous promet une interview exclusive de “l’un des cinéastes les plus polémiques de sa génération”. On apprécie l’euphémisme pour désigner un homme très fortement soupçonné de plusieurs viols sur mineures…

 

Sérieusement, il leur passe quoi par la tête ?

Coucou les hétéros

Ami.es hétéros et hétéras, il faut qu’on discute.

En fait, non, je déconne, on va pas discuter, vous allez juste m’écouter. Il ne vous a pas échappé qu’un discours nauséabond revient depuis le début des primaires de la droite, et des tombereaux de merde commencent à se déverser depuis le succès de Fillon au premier tour des primaires. De quoi faire oublier l’échec de la pauvrette Manif Pour Tous d’octobre dernier.

On revient nous péter les couilles (et les ovaires) parce que des maires “Les Républicains” à Angers, Aulnay, Compiègne considère que des mecs qui s’enlacent c’est dégueulasse. Une copine de Fillon, députée d’Ille-et-Vilaine et amputée de le décence, nous ressort les vieilles lubies Thatchériennes “d’incitation à l’homosexualité” pour justifier la décision des maires Républicains de retirer ces affiches.

Affiches campagne Sida

La polémique issue des affiches de la dernière campagne sur la prévention du Sida a ravivé de nombreux débats à quelques jours du vote de la primaire de droite.

Alors, heureusement, on vous entend, vous les gentils hétéros, vous insurger contre ces décisions (ouais, parce que j’imagine que si tu es une des trois personne qui va lire ce post, c’est que tu es un.e ami.e et du coup tu peux pas vraiment être homophobe.) Vous commentez des publications Facebook, parfois même vous les partagez, et on (enfin, moi et quelques potes) trouve ça gentil. Sauf que…

Sauf que, parfois, on entend des paroles qui se veulent rassurantes: “C’est une minorité”, “ils sont tarés”, “nous on vous aime”. Alors ouais, les homophobes sont statistiquement une minorité. Enfin, les gens qui ont voté pour un mec qui était contre la dépénalisation de l’homosexualité commence à former une grosse minorité. Et quand bien même ils ne seraient que trois, tant qu’on leur donnera un forum public, le résultat sera le même: on entend plus les homophobes que les homos.

A mesure que ce discours prend de l’importance, on retrouve à se demander dans recoin de notre existence cette homophobie va se mettre à suinter. Est-ce que ce sera mon tonton qui va considérer que je suis un monstre qu’il ne faut pas montrer aux enfants ? Ou ma gentille collègue qui va un jour me confier que non, les gouines ça peut pas être des vraies mamans ? Ou peut-être le justicier bien intentionné sur internet qui va dire “non mais quand même, c’est bien de faire de la prévention mais ils auraient aussi pu y mettre des couples hétéros sur ces affiches” (car oui, en France, en 2016, l’invisibilisation de l’hétérosexualité est un vrai problème) ? Et même si c’est un couple de vieux que ne croiserai jamais qui déversent leur homophobie dans le micro d’un journaliste de BFM…

Partout, on donne la parole à des gens qui vont vomir sur nous, nos vies, nos familles, nos expériences et nos existences. On nous infligera l’exercice ridicule de la confrontation, ou des journalistes LGBT vont devoir aller se justifier devant des homophobes ! Non mais, imaginez le truc si on l’appliquait à d’autre minorité ! Comme si c’était à Christiane Taubira de prouver à la petite fille qu’elle n’est pas une “guenon” (tiens, ça se passait déjà à Angers….) Mesdames, vous qui savez à quel point il est dur de devoir justifier de son existence (en dehors du cadre dans lequel vous apprécient la plupart des hommes), je crois que vous voyez où je veux en venir.

On en a ras l’arc-en-ciel de devoir justifier nos existences. Au vingt-et-unième siècle putain ! C’est encore à NOUS de prouver que le discours d’en face est inacceptable. J’ai cherché des situations aussi absurdes, et franchement, à part la Républicain américaine qui a dû réfuter des accusations de sorcellerie et le premier ministre néo-zélandais qui a dû prouver qu’il n’était pas un reptilien, j’ai rien trouvé d’aussi débile.

Alors oui, c’est une minorité, mais c’est pas facile pour nous de relativiser quand des gens qui haïssent notre simple existence sont portés sous les lumières médiatiques et que leur opinion est traitée comme légitime. Du coup, je dois bien vous avouer un truc: on le vit pas bien bien. Ouais, on a beau être des rainbow warriors en apparence, y a un moment où on ne peut pas non plus passer notre temps en croisade. Y a des moments où derrière notre apparence sereine voire combative, on a juste envie de pleurer. Ou de vomir. Ou les deux en même temps, même si c’est un peu sale. C’est un malaise qui ne disparaît jamais vraiment. Silver l’exprimait très bien lors des manifs de 2013, mais il ne s’est pas dissipé avec le passage du mariage pour tous

C’est chouette d’avoir des ami.es qui considère que l’homophobie est une sottise moyenâgeuse. Mais présentée ainsi, ça semble tellement ridicule de se faire nœud à l’estomac pour ça. Après tout, dire que l’homophobie est une idéologie périmée, ça revient un peu dire que de toute façon, ça finira par passer. Et en attendant, quoi ? On continue à laisser ces gens nier nos existences ? Enlever les affiches, nous effacer de le vue de tous sans avoir à nous jeter du haut d’une tour ou à nous passer au fusil mitrailleur dans un night-club.
Ah oui tiens, puisqu’on en est à parler de trauma, je dois vous avouer que pendant 3-4 jours après la tuerie d’Orlando, mon estomac n’acceptait pas plus d’un repas par jour et rendait le reste, et je chialais une demi-heure au coucher et une demi-heure au lever. Moi, Pitou ! Le mec qui porte des badges rainbow, qui est de toutes les manifs LGBTQ, membre d’assos, etc… Et je suis pas le seul. J’ai des ami.es LGBT, des personnes “fortes”, qui commencent à être prises d’angoisse. Pas juste une petite peur. Non, un truc qui s’accroche à l’estomac. La peur de devoir retourner dans le placard. De voir normalisée la haine de nous. De nous voir instrumentalisé.es par d’autres politicien.nes aussi rances que le clan Fillon.

Voilà. Je sais que c’est pas cool de te faire lire tout ça, parce que t’es un.e hétéro open. Mais faut que tu saches qu’on va pas aller très bien ces prochaines années. Et que l’homophobie, comme toute discrimination, ne peut ni ne doit être prise à la légère. Nous, on va essayer de pas se laisser abattre, mais il y a des jours où on aura juste envie de s’enfermer chez nous par peur du dehors. Alors il faudra être patient.e et nous laisser. Oui, on sait que vous, vous êtes pas comme eux. Mais même avec la plus grand empathie, vous aurez du mal (euphémisme) à ressentir qu’on peut ressentir en tant que LGBTQ.
Je sais, ça fais chier d’être assimilé.e à la masse débiloïde. Je vous rappelle que je suis de sexe et de genre masculin et que je suis donc considéré comme une menace par une immense majorité des femmes qui me croisent dans la rue. C’est chiant de devoir s’excuser pour les autres, mais je le fais – j’ai par exemple pris l’habitude de changer de trottoir quand je croise une femme seule la nuit pour ne pas être perçu comme une  menace. Dans l’idéal, j’aimerais pouvoir aller d’un point A à un point B par le chemin le plus court, mais bon… on ne vit pas dans une société idéale.

Alors pardon par avance si par moment on a besoin de s’éloigner dans un monde arc-en-ciel 100% safe. On vous aime quand même et on n’est jamais bien loin.

Des bisous à Sophie, qui m’a inspiré ce post. On s’en sortira, poulette 🙂
Il y aura sans doute un post plus spécifique sur la question des affiches dans les jours à venir.

 

Commentaires, mon amour

Je dois avouer une passion secrète développée à l’issu d’un traumatisme dans l’enfance, lié à la découverte que ni la petite souris, ni le père Noel et ni GI joe ne sont réels. Pour affronter cette réalité terrible et vide de sens, et plutôt que de sombrer dans la drogue et l’alcool (1, parce que c’est trop mainstream, je veux dire aujourd’hui, qui n’a pas essayé le taz à 18 ans ? et 2 par ce que ma passion est moins chère), j’ai décidé de lire les commentaires Facebook des post du figaro.fr

C’est aussi utile que la drogue avec les mêmes effets négatifs sur l’organisme. Dernièrement, un article a été publié sur le site internet du groupe de presse. L’article fait référence à la célébration posthume d’un mariage entre deux hommes, qui est, selon le journal, citant la voix du Nord, le premier à unir deux hommes. Si la procédure en elle-même n’est pas banale (il faut une autorisation du président de la République, genre c’est pas le préfet quoi, c’est le mec encore au-dessus), elle s’inscrit dans le cadre général et assez classique des fictions juridiques telles que le droit en connaît par milliers.

Ce qui est plutôt marrant (je préfère le prendre comme ça), ce sont les commentaires générés par un acte qui me semble consacrer la puissance d’un amour que la mort ne saurait interrompre (genre en fait c’est plutôt positif, c’est pas un truc horrible, ou quoi, c’est une consolation dans le drame, un mouchoir que la République tend à celui ou à celle qui a perdu un proche). Je vous laisse vous marrer :

Capture.PNG

Cet évènement qui appelle une certaine solennité (il y a tout de même un décédé dans l’histoire), provoque au choix :

  • deux blagues de très bon goût
  • des remarques homophobes
  • une remarque sans aucun rapport (mais ça, je sais pas comment l’expliquer, il y a des commentaires sans aucun rapport dans tous les articles de presse du monde entier, je pense à un complot ourdi par une secte secrète)
  • une réflexion sur les coqs ? là je suis désolé je vois pas, c’est pire que aucun rapport, c’est heu … ben je sais pas, ça n’a aucun sens.

J’ai choppé ça 5 minutes après la diffusion de l’article. Je ne doute pas que l’article sera enrichi de commentaires encore plus pertinents. Je me console en me disait que le tout premier commentaire laissé soit plutôt sympa.

Des bisous.

8 techniques pour rester abstinent afin de donner votre sang.

La nouvelle que l’on attendait tous est enfin tombée : les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes (HSH pour les intimes du CHU) peuvent enfin donner leur sang et repartir d’une salle avec un homme dedans en suçant autre chose qu’un pénis. A nous les joies des dons du sang entre amis, en famille, sur le lieu de travail ou au carrefour de la grande place. On a tous voulu jouer les héros et enfin, ce rêve nous est accessible.

Malheureusement, cette opportunité est suspendue à une toute petite condition, genre toute petite, ridicule, une simple formalité : le don du sang ne sera ouvert qu’aux homosexuels ayant vécu dans l’abstinence pendant 1 an. Ca peut sembler beaucoup, mais tout comme tu as arrêté les ceintures à boucles métalliques et les albums de lady gaga, tu vas pouvoir toi aussi devenir un citoyen comme les autres. Petit tour d’horizon des techniques brevetées par l’esa (ouais à la base je voulais dire NASA, mais je trouve que ça fait pas très patriote, donc maintenant je vais dire esa #arnaudmontebourg)

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Ta tête quand on t’a dit : “1 an d’abstinence”.

Technique numéro 1 : Etre moche.

N’en déplaise aux plus grandes blogueuses parisiennes, être moche vous protège durablement contre des relations sexuelles. Alors je sais, tout le monde n’a pas la chance d’être moche, je sais que certains sont favorisés par la nature et la génétique, mais on peut tous faire un effort et être moche.

Technique numéro 2 : rentrer dans les ordres.

Il parait que les sœurs et les prêtres font un vœu de célibat (le truc ouff !!!) et de chasteté (c’est pas très clair) du coup, peut être que pour toi, jeune homosexuel désireux de donner ton sang, passer plusieurs années dans des centres de formation (on appelle ça le sacerdoce) avec que des garçons aussi jeunes que toi, à prier et méditer toute la journée durant, ça t’aidera à rester abstinent.

Technique numéro 3 : Porter une ceinture de chasteté et confier la clef à ton oncle raciste et homophobe.

La ceinture de chasteté reste le nec plus ultra de la protection contre les relations sexuelles et peuvent durablement vous aider dans votre quête du don du sang.

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Certains modèles offrent même une protection physique contre les agressions quotidiennes du monde extérieur.

Technique numéro 4 : se masturber plusieurs fois par jour.

Comme chacun sait, l’endurance a ses limites, normalement, au delà de 7 fois par jour, ça commence à devenir difficile de jouir et devrait vous faire passer l’envie de forniquer.

Technique numéro 5 : Vivre au pôle Nord

Il peut être judicieux de vous isoler du reste du monde et de ses tentations malignes. Un petit tour au pôle nord, ou dans la creuse ça marche aussi, vous permettrait de passer un an sans ressentir de besoin excessif.

Il n’est pas certain que toute tentation soit écartée.

Technique numéro 6 : obtenir une pénectomie.

Ce conseil est uniquement réservé aux 100% actif refusant toute intrusion dans leur anus. Sans pénis pas de relation sexuelle, pas de relation sexuelle, don du sang : YOUPI !

Technique numéro 7 : l’hypnose.

Tout le monde sait que l’on peut guérir de tous les maux grâce à un passage devant Messmer, l’illusionniste de tf1. Vous allez simplement lui ordonner de vous hypnotiser pour qu’à chaque fois que vous pensiez à quelque chose d’impur et de charnel, vous soyez obligé de vous rouler en boule et d’appeler votre maman. Comme ça, quoi qu’il arrive, votre tentation ne voudra même pas s’approcher de vous.

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L’hypnose réside dans le fait d’assortir ses bagues à ses yeux et au fond derrière soi… Hoooo Magie ! #Christinacordulaforever

Technique numéro 8 : Voyager dans le temps

Il suffit simplement que vous repartiez avant 1982, lorsque l’homosexualité était pénalisée. Ainsi, un petit séjour en prison, ou la menace de se faire tabasser par des agents de la marée-chaussée devraient vous faire passer l’envie d’introduire ou de vous faire introduire ! Et à vous le plaisir de donner son sang et de sauver des vies.

Voilà les amis, si avec ça vous êtes pas capable de relever le défi, je ne vois pas ce qu’il vous faut… Quelqu’un me suggère qu’il nous faut une loi crédible et qui nous traite pas comme de la merde … QUOI QUOI QUOI Vous réclamez une loi juste ??? Mais grands malheureux ! Pour qui vous prenez vous ? Des citoyens ????

Marchons !

Yo, un petit mot pour dire que Samedi c’est “l’Existrans, la marche des trans et des intersexes, et de celles et ceux qui la soutiennent” (pour les détails, par ici).

Je vous voir venir, vous là bas avec vos arguments : “Oui tu comprends Samedi, je dois voir choupidou d’amour ! On a prévu une après midi Poney Aquatique à Molitor ! Je dois faire des selfies à la dernière expo dadaïste post pré-moderne au palais de Tokyo, ou encore plus classique : Je peux pas, parce que ça ne me concerne pas !”

Et bien voilà Fifrelin ! Détrompe toi, cette marche, elle est pour tout le monde, elle est pour toi ! Les revendications des personnes qui vont marcher samedi ne s’arrêtent pas uniquement à la réforme des modalités administratives et médicales (enfin plus médicale, c’est un peu le gros enjeux), elles interrogent également la place des genre dans la société, elles interrogent le poids des normes sociales dans la définition des places que les gens doivent prendre en tant qu’individu.

Ces considérations ne doivent pour autant pas éclipser le lourd combat qui attend une partie de ces personnes. Le changement de sexe à l’état civil reste soumis à une procédure humiliante et portant atteinte à la dignité humaine. Cette démédicalisation est largement possible et soutenue par certains institutions. Mais le rapport, à la fois humain et rationnel (ici), n’a pas réussi à convaincre le gouvernement (qui encore en difficulté, n’a peut être pas le courage d’affronter à nouveau la facho-sphère sur un sujet plus controversé que le mariage ouvert à tous).

Pour bien appuyer mes propos, j’ai suivi les techniques avancées de communication développées par les professionnels de la “philosophie 2.0” (pour explication). A partager sur vos réseaux sociaux :

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Dans tous les cas, marcher c’est un début, et ça n’est que ça. Chaque jour, dans l’entreprise, dans la publicité, dans les ménages, les personnes sont rangées dans une catégorie sociale du fait de leur genre et sans tenir compte de ce que ces personnes veulent eux, en tant qu’humain. C’est non seulement aliénant, mais surtout violent, une violence silencieuse et institutionnalisée, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’apparente légitimité des personnes issues de la facho-sphère.

Donc certes, samedi tu viens marcher, mais en plus quand tu iras le soir dans un bar branché pour boire un cocktail hors de prix en racontant à tout le monde ta B.A. en mode : ouais mais tu vois, ces gens ils sont au delà des carcans imposés par la société capitaliste post moderne dominé par les conflits civilisationnels/religieux/lahorde-l’alliance, MAIS SURTOUT du diras que dans la vie, ce qui compte ce n’est pas ce qu’on est, c’est ce qu’on veut être ❤

Des bisous,

Tristesse du porno hétéro

La publication dans le très sérieux The Economist d’un graphique concernant le trafic du site de partage de vidéos X PornHub m’a plongé dans le désarroi.

Avant de tirer des conclusions hâtives, je suis quand même allé voir le site en question. Premier constat: il n’existe qu’une catégorie: “straight”.  Bizarrement “lesbian” et “gay” sont des sous-catégories au même titre que “British”, “orgy” ou “red-head”. Ce qui peut être gênant si vous êtes une femme qui aime faire des parties a plusieurs avec des rousses britanniques. Ce qui est encore plus gênant en cela que ça suggère que les homosexualités ne sont qu’un “fétiche” parmi tant d’autres et qu’elles ne possèdent pas la même diversité que les pratiques hétéro (révélation: on pourrait vous apprendre des choses, beaucoup de choses.)

Bref, passons au graphique sur la fréquentation dudit site. La première chose qu’on remarque, ce qui semblerait corroborer mon hypothèse du public hétéro-masculin, c’est qu’à part en Russie, tous les termes de recherche utilisés concernent les femmes.
Et c’est là que ça ne devient pas joli…
Qu’est ce qu’une femme pour les utilisateur de pornhub ? Visiblement, une créature réduite à un aspect assez vague de sa personne selon son rapport au genre masculin. Notons par exemple qu’en Inde et au Japon, une femme n’est excitante que si elle est mariée. Dans d’autres pays, on ne cherche pas une “femme mûre” mais une “maman” (avouons par esprit d’équité que la même dérive existe dans le porno gay qui affuble souvent de manière très ridicule le terme de “daddy” pour les hommes de quarante ans et plus.)
Et finalement, même quand on retire les hommes de l’équation, on retombe dans la misogynie de base. Car finalement, quand un américain ou un britannique cherche du porno “lesbien” (notez les GROS guillemets hein, parce que du vrai porno lesbien risquerait d’en dérouter pas mal…) ce n’est ni plus ni moins qu’une manière de se ré-approprier une sexualité dont ils ont été exclus. On mets en scène une sexualité exclusivement féminine  pour satisfaire le désir de l’homme. Décidément, la femme comme objet de consommation, on ne s’en sort pas.
Maintenant, passons au cas français… AHEM. Ça ne dérange personne ce colonialisme sexuel où l’on se tripote la nouille sur des femmes d’une origine étrangère imprécise ? Ces femmes “qu’on” va ensuite vouloir passionnément libérer de “l’oppression masculine” que représente le voile ? (Ok, rien n’exclut que les hommes qui consomme ce genre de vidéo soient eux-mêmes issues des mêmes minorités que les femmes filmées, mais quand même…)

Alors non, je ne dis pas que le porno gay (comprenez par là le porno homomasculin, non le porno lesbien que je ne connais pas) se porte beaucoup mieux. D’ailleurs, on peut le déplorer: que des studios entiers joue le jeu de la “racialisation” (coucou Citébeur), ou qu’on nous colle des vidéos de “daddy” (rigolo quand on voit la difficulté pour un homo à devenir papa)… Mais dans l’ensemble, j’ai l’impression qu’on s’en sort quand même mieux: même si les sites équivalents continue de proposer des catégorisation par appartenance ethnique ou par âge, on retrouve quand même parfois un joyeux mélange de travestis, d’hommes forts, de pratiques fétichistes et de vidéos plus mainstream mettant en scène des jocks musclés et lisses. (Certes, on risque difficilement de rencontrer des problèmes de misogynie dans le porno gay 😛 )

Enfin, un dernier point: et les hétéras dans tout ça ? J’ai remarqué sur PornHub une rubrique “for women”. Et là, bizarrement, j’ai retrouvé le même genre de vidéos que dans leur catégories “normales”… Bref, ça regarde quoi comme porn une femme qui aime les hommes ?

Bref, la prochaine fois que vous allez sur un site de boules, masturbez-vous éthique !